1) Qu'est-ce qu'un corail ?
A la question "est-ce un animal, un végétal ou bien un minéral ?", combien d'entre-vous connaissent vraiment la réponse ? En réalité peu de personnes, alors rassurez-vous, vous n'êtes pas la seule.
Afin de mettre tout le monde à égalité, et pour partir avec de bonnes bases, voici la réponse : en fait, c'est une association des 3 éléments.
Par définition, un vrai corail est classé en biologie parmi les organismes du règne animal. Organisme marin avant tout, l'individu a l'aspect d'une petite méduse retournée, un peu comme une anémone. Le pied est fixé au substrat par le squelette minéral calcaire interne (le calice), recouvert par l'animal dont les tentacules (par 6 ou 8 paires) sont dirigées vers le haut pour capter la nourriture. Cet animal tentaculaire est appelé le polype. Un corail est soit constitué d'un unique polype (c'est alors un corail solitaire), soit d'un ensemble de polypes, les uns rattachés aux autres par une partie calcaire appelée la thèque (on parle alors de corail colonial).
Pour finir, les coraux possèdent en général des microalgues dans leurs tissus (ces mini végétaux portent le nom de zooxanthelles). Cette association Animal-Végétal est bénéfique aux 2 organismes. C'est la raison pour laquelle on appelle cela la symbiose. Mais à quoi servent-elles donc ? Pour connaître la réponse, un seul moyen très facile : lisez la suite !!!
Dernières précisions techniques : tous les coraux possédants ces microalgues sont appelés des coraux hermatypiques. Cependant, vous l'aviez deviné : il y a toujours des exceptions. En effet, certaines espèces de coraux vivent sans ces zooxanthelles symbiontiques : on les nomme coraux ahermatypiques.
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Aspect général d'un Montipora circumvallata |
Aspect général d'un Acropora muricata |
Détail (Binoculaire) des calices chez Acropora muricata |
Détail (au MEB) d'un calice chez Acropora muricata |
Aspect des zooxanthelles fraîches chez Acropora muricata (Microscopie optique X40 sur une lame de comptage) |
2) Les Zooxanthelles : des microalgues symbiotiques capitales pour la croissance du corail
Les zooxanthelles sont des microalgues du genre Symbiodinium microadriaticum. De forme plus ou moins sphérique et de quelques microns de diamètre, leur densité à l'intérieur des tissus varie de1 à 4-5 millions de zooxanthelles par cm² de tissus corallien. Les densités et diamètres fluctuent suivant les espèces de coraux (variations interspécifiques) et à l'intérieur d'une même espèce de corail (variations intraspécifiques), notamment en fonction des conditions environnementales.
En effet, pour exemple, un enrichissement en nitrates du milieu
marin entraîne une élévation de la densité
des zooxanthelles à l'intérieur des tissus
(l'eutrophisation par les nitrates entraînant une
accélération de la croissance des microalgues), ainsi
qu'une augmentation de volume de chacune d'elles.
Les zooxanthelles, tout comme les arbres d'une forêt ou les
plantes d'appartement, utilisent l'énergie solaire
(énergie rayonnante) pour
transformer le dioxide de carbone (CO2) atmosphérique
(énergie minérale)
solubilisé dans l'eau, en énergie utilisable par le
polype sous forme de matière organique
(énergie organique). Cela
correspond un peu à la poussée des feuilles d'un arbre
dès qu'il perçoit les rayons solaires.
Ensuite, d'après ce que l'on sait à l'heure actuelle, une partie de cette énergie organique est utilisée directement pour la croissance des tissus du polype lui-même (la partie animale du corail), tandis que l'autre partie est transférée aux polypes, lesquels vont alors pouvoir précipiter les ions calcium Ca²+ avec les ions bicarbonates CO3²- présents dans l'eau de mer (forme dissoute majoritaire du système CO2 dans l'équilibre aqueux des carbonates). Cette précipitation aboutit à la formation de micro cristaux de carbonate de calcium CaCO3 (autrement dit du calcaire) qui vont alors être additionnés par cimentation au calice (squelette du corail). C'est la succession de couches de calcaire qui permet alors la croissance du corail.

Ainsi, grâce à la symbiose, les coraux hermatypiques (c'est-à-dire ceux possédant des zooxanthelles dans leurs tissus) vont profiter d'une croissance beaucoup plus rapide que les coraux ahermatypiques (sans zooxanthelles).
Chemin faisant, ces coraux hermatypiques vont être à l'origine des magnifiques récifs coralliens que l'on connaît aujourd'hui (mais déjà apparus depuis quelques millions d'années), formant parfois de splendides atolls (phase finale d'une île volcanique entourée d'un récif corallien) au lagon d'un bleu ci-profond.
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Par contre, les coraux dépourvus de ces microalgues symbiotiques vont croître très lentement d'une part, ne pouvant ainsi pas donner naissance à des réels récifs. D'autre part, ce sont les seuls coraux que l'on retrouvera par grandes profondeurs, n'ayant pas besoin de lumière.
3) La croissance décidément lente du corail : des chiffres à prendre avec précautions
Le corail grandit à des vitesses très différentes selon les espèces. Des cellules de la base du tissu corallien déposent des cristaux daragonite. La calcification est directement liée à la photosynthèse symbiotique, qui décuple son taux (ordre de grandeur moyen). Elle suit donc les cycles de la lumière : journaliers, saisonniers, etc.
Toutefois, ces chiffres ne sont pas très représentatifs de ce qu'il se passe en réalité. En effet, on retrouve plusieurs formes de coraux dans le milieu marin : branchus, foliacés (en forme de feuilles), massifs (en forme de boule compacte), semi massifs, encroûtants, ... Ainsi, les coraux massifs vont grandir essentiellement en volume, tandis que ceux de forme branchue pousseront préférentiellement en longueur.
Cliquez ici pour visualiser la croissance
d'un corail branchu (genre Acropora) en accéléré
(réalisé par
Fabrice POIRAUD-LAMBERT
)
ATTENTION : fichier lourd à charger : 600 ko
!!!
Le dépôt de calcaire par les coraux peut dépasser 10 kg/m²/an, dans les zones de forte productivité. La croissance linéaire des colonies dépend de leur forme : elle est forte (4 à 20 cm/an) chez les branchues, faible (0.2 à 0.5 cm/an) chez les massives, moyenne (0.5 à 4 cm/an) chez les autres.
Mais les coraux ne sont pas les seuls constructeurs : les
macroalgues, et divers autres organismes, construisent et consolident
le récif.
En conclusion, si l'on devait retenir des
chiffres de croissance, il faut les exprimer en masse ou en volume de
calcaire bioconstruit par an, ce qui permettrait d'obtenir de bonnes
comparaisons de croissance entre les espèces.
4) La Mémoire des coraux
Létude de lâge des coraux permet de récolter des informations sur les variations du niveau de la mer dans le passé (essentiellement dues aux alternances de périodes froides et chaudes) et des informations sur les conditions climatiques passées. Par leur écologie particulière, leur croissance lente et leur calcification, les récifs coralliens enregistrent des variations environnementales parfois très faibles dans le milieu marin.
Grâce à lidentification des espèces
présentes dans un récif fossile, on peut
connaître leur profondeur sous la surface de la mer, et la
datation de ces colonies par des méthodes isotopiques (Carbone
14, Uranium/Thorium) permet de reconstituer lhistoire des
niveaux marins, notamment depuis la dernière glaciation (20
000 ans) où ils vivaient 120 à 150 m plus bas
quactuellement, au niveau de la mer de
lépoque.
Les caractéristiques de lenvironnement où
vivaient les coraux (température, salinité,
pluviométrie,...) peuvent être reconstituées par
des analyses diverses basées sur le dépôt de
bandes périodiques dans le squelette calcaire, et sur la
présence ou les proportions déléments
chimiques (isotopes, éléments rares). Notamment, la
fixation thermodépendante de lUranium et du Strontium
servent à étudier les variations de la
température de surface de locéan. On peut ainsi
étudier lhistoire des événements
climatiques de type El Niño.
Les coraux sont des paléothermomètres.