Les Maladies des Coraux

(Par Fabrice POIRAUD-LAMBERT)

 

Introduction

Tout aquariophile possédant un aquarium d'invertébrés ou un bac récifal a deux principales préoccupations : maintenir en vie ses poissons et ses invertébrés, dont les coraux. Une fois que les divers (bons) principes de maintenance connus sont compris et appliqués, tout devrait normalement bien se passer. Malheureusement, Mère Nature ne se laisse pas si facilement dompter, et nos pensionnaires tombent parfois malades. Autant les maladies des poissons sont assez bien connues et traitées par de nombreux produits offerts à l'amateur, autant les maladies des coraux relèvent pour l'instant du domaine de la science, et notre compréhension en est à ses débuts.

 

Selon certaines sources, les récifs de la planète fourniraient plus d'oxygène à eux seuls que la forêt Amazonienne... Rien que cela devrait suffire à nous pousser à les protéger. Et pourtant ce n'est pas tout :

- le corail, de part sa structure poreuse à base de carbonate de calcium, se révèle parfaitement compatible avec le corps humain, et des prothèses osseuses ou des yeux artificiels en résultent. De plus, de nouveaux médicaments humains proviennent de l'analyse des coraux, dont au moins 4 composés pouvant lutter contre le cancer, et environ 6000 nouveaux produits chimiques issus des organismes vivants sur les récifs.

- les récifs protègent un grand nombre de côtes des ravages des vagues et des ouragans,

- une étude de 1994 révèle que les récifs contiennent au moins 423 000 plantes et animaux, dont 90% restent inconnus des scientifiques. (Pam Radtke Russel 1996)

 

Tout ceci ne peut durer que si les récifs restent vivants et donc gardent leur capacité à se réparer et à croître ! En tant qu'aquariophiles récifaux, en considérant les destructions massives des récifs coralliens, notre responsabilité est de maintenir nos colonies en bonne santé, de les étudier le mieux possible, et de réussir à les propager en captivité, à la fois pour limiter les prélèvements naturels et pour permettre éventuellement de reconstruire des récifs ravagés. Comprendre les coraux passe aussi par la compréhension des maladies qu'ils attrapent et des conditions qui les favorisent.

 

1) Maladies et Mortalité des coraux

Pour pouvoir mieux comprendre ce qui se passe dans nos aquariums, il nous faut étudier ce qui se passe dans la nature. Divers dérèglements de l'ordre naturel, provenant directement ou indirectement de l'activité humaine (réduction de la couche d'ozone et augmentation des UV, réchauffement de l'atmosphère, augmentation de la teneur en CO2 de l'atmosphère, pollution des mers, ancrages sauvages, pêche à l'explosif ou au cyanure, destruction des récifs pour l'industrie du bâtiment,...) ou de phénomènes naturels (ouragans, prédation, anomalies climatiques telles El Niño,...) entraînent un accroissement dramatiquement rapide de l'expansion d'un certain nombre de maladies sur les récifs, maladies que nous ne comprenons que peu, et contre lesquelles nous ne savons pas encore, ou peu, lutter. Nous n'en sommes guère qu'à les constater et les observer.

 

Les maladies aux noms divers et imagés qui en résultent (blanchiment, maladies des bandes noires, bandes blanches, bandes jaunes, bandes rouges, RTN, Shut Down Reaction [SDR], Peste blanche, Vérole blanche, Maladie de la Gelée Brune,...) semblent imputables à divers facteurs, il semble difficile pour l'instant d'avoir des certitudes et de mettre tout le monde d'accord.

 

Les conséquences sont malheureusement dramatiques car un récif stressé ou malade peut s'éroder 5 à 10 fois plus vite qu'il ne pousse. Des maladies semblent découvertes chaque mois, et se révèlent de plus en plus dévastatrices (Cervino 1997). Les récifs sont sensibles à toutes sortes d'agents infectieux : virus, bactéries, clamydiaes, champignons, algues cellulaires, protozoaires, etc...(Peters 1988). Ces maladies affectent le cycle de la vie, l'abondance, la reproduction, la performance et la tolérance du métabolisme au stress naturel ou créé par l'homme (Kinne 1980).

 

En aquarium, il semblerait que la majorité des pertes de coraux soient dues à des maladies bactériennes (Bingman 1997).

 

a- Le Blanchissement des Coraux (Bleaching)

Dans la nature, depuis les 15 dernières années, les phénomènes de blanchissement des récifs coralliens ont augmenté en nombre et en intensité.

Le blanchissement est un réel problème mais en fait, il n'est pas forcément lié à une maladie. C'est une réponse de l'organisme fasse à des stress physiques extérieurs, ou parfois des microorganismes.

Cette "maladie" se traduit par une expulsion totale des Zooxanthelles par les coraux, associée à une perte de leurs pigments colorés. Le corail reste momentanément vivant, mais blanc, jaune pâle ou vert pâle, comme si on l'avait trempé dans de l'eau de Javel, et privé de protection anti UV et de sa principale source de nourriture (les sous-produits de la photosynthèse réalisée par les Zooxanthelles), il finit par mourir ou récupérer, en fonction des conditions de son milieu. Ces symptômes sont d'autant plus difficiles à détecter que certains coraux sont naturellement de ces couleurs pâles... (Delbeek & Sprung 1994).

 

Les causes invoquées seraient l'augmentation (ou la baisse) de la température des mers, et une surdose d'UV en raison de la réduction de la couche d'ozone. Selon une étude de (Lesser 1997) rapportée par Hovanec, les coraux produisent à la fois de l'oxygène (oxydant, sous produit de la photosynthèse) et des enzymes antioxydantes (superoxyde dismutase, catalase et ascorbate peroxidase). Dans des conditions normales, les deux productions sont en équilibre. Lorsque la température ou la lumière augmente, la production d'enzyme ne suffit plus pour annuler les effets de l'oxygène produit en plus grande quantité par les Zooxanthelles. Le corail expulse alors ses algues symbiotiques afin de diminuer la production d'oxygène : c'est le blanchiment. Ce mécanisme serait donc une parade naturelle des coraux. L'expérience de Lesser a aussi permis de démontrer que si l'on baigne le corail dans une eau chaude mais contenant un antioxydant, l'expulsion de Zooxanthelles n'a pas lieu.

 

Cette maladie pourrait aussi être imputée au Vibrio vulnificus, dans certaines conditions (Bingman 1997).

En aquarium, le blanchiment des coraux semble associé :

- au stress durant le transport

- à des augmentations soudaines de température au delà de 27°C

- à des chocs lumineux dus à des changements de lumière sans acclimatation

- une acclimatation trop courte des coraux

- le stress du à une qualité d'eau trop mauvaise

- le manque de certaines traces d'éléments

- l'utilisation massive ou trop longue de charbon actif

(Thiel 1997, Delbeek & Sprung 1994)

 

b- Maladie des Bandes Noires (Black Band Disease : BBD)

Ce type de maladie est apparu depuis 1991 sur les récifs de la Floride, et a déjà tué de nombreux coraux. Une étude sur 6 récifs de Floride, menée par James Porter (zoologiste à l'université de Georgia - USA), démontre que les récifs ont perdus entre 7.3 et 43.9 % de leur diversité en espèces, et environ 10% de leur couverture de corail entre 1984 et 1991. D'autres récifs ont été touchés, comme ceux du Golf d'Oman (Coles 1994, Antonius 1995).

 

Cette maladie semble imputable à des actions humaines sur l'écoulement naturel de cours d'eau et sur une forte pollution marine. La température semble avoir aussi une incidence. Une étude menée par Mueller a démontré que les coraux près de Florida Bay poussaient deux fois moins vite que ceux situés 5 km plus au large. Des centaines de sites sont infectés (plus de 200 sont étudiés). Il semble difficile de faire des corrélations utiles de l'étude de la salinité, de la lumière, des nutriments, de la turbidité, de la profondeur, de la température, de la diversité et de la couverture en coraux étudiés sur chaque site (Richardson 1995). Pourtant, Antonius (1988) a mis en évidence que certains facteurs associés augmentent la propagation de la maladie : Fortes vagues, variations de la salinité à cause de pluies, et probablement des composés toxiques produits par les algues récifales.

 

Cette maladie disparaîtrait lorsque la température descend sous les 26°C (Riddle, 1997). Elle n'apparaît que dans des eaux peu profondes (Riddle 1997) et tue quasiment irrémédiablement, généralement en moins de deux mois, toute une population corallienne.

 

Selon divers scientifiques (Antonius 1981 et Littler et al. 1989), les cyanobactéries Phormidicum corallyticum et Oscillatoria en seraient les causes apparentes, mais des coraux infectés par cette maladie ne serait pas porteurs de ces cyanobactéries, ce qui laisse un doute. Ces bactéries nécrosent le tissu du corail en sécrétant un produit toxique. Le squelette du corail laissé derrière est alors en contraste violent avec la 'bande noire' créée par les Cyanobactéries.

 

Selon Antonius (1988), de nombreux coraux sont insensibles à cette maladie, et Riddle (1997) propose une liste de coraux insensibles dans la nature mais sujets à la maladie en captivité, avec leur sensibilité respective :

 

Légende :

0 : Immunisé

1 : Résistant

2 : Attaque lente (1 mm de tissu perdu par jour)

3 : Attaque moyenne (1 à 3 mm de tissu perdus par jour)

4 : Attaque rapide (3 à 5 mm de tissu perdus par jour)

 

Cycloseris => 0

Fungia => 0

Herpolitha => 0

Favia => 1

Favites => 1

Galaxea => 1

Porites => 1

Tubipora => 1

Favites chinensis => 2

Hydnophora exesa => 2

Montipora => 2

Pavona => 2

Stylophora => 2

Goniastrea pectinia => 3

Hydnophora micoconos => 3

Platygyra lamellina => 3

Pocillopora => 3

Favia stelligera => 3

Acropora => 4

Goniastrea retiformis => 4

 

Les Gorgones et les Sinularia peuvent aussi en être atteints (Delbeek & Sprung 1994).

 

c- Maladie des Bandes Blanches (White Band Disease : WBD)

Entre 50 et 80% de certaines espèces d'Acropora seraient atteintes, à 10-20 km de Key West (USA). Les récifs du Golf d'Oman (Antonius 1995) sont aussi touchés.

 

La maladie des bandes blanches est difficile à distinguer du blanchiment. Même les scientifiques habitués aux symptômes de la maladie doivent parfois aller jusqu'à racler le corail pour déterminer si une infection existe réellement. WBD détruit les tissus sans cause apparente. Cette maladie apparaît généralement dans les partie haute des récif, et si elle est présente toute l'année, des cas plus nombreux sont enregistrés lorsque le temps est chaud.

 

Des hypothèses mettent en cause des bactéries ou des champignons qui proviendraient de l'océan Pacifique à travers le canal de Panama. Des scientifiques expliquent ainsi la disparition de 95% des oursins noirs de l'Atlantique depuis 10 ans. La pollution de l'eau ne ferait qu'accroître le phénomène (Pam Radtke Russel 1996). D'autres accusent la puissance des vagues, des variation de salinité à cause des pluies et certains produits toxiques issus des algues environnantes.

 

En aquarium, cette perte de tissu serait imputable à la prédation, à la lutte entre coraux, voire à l'arrêt du dépôt de calcium faute de calcium disponible, ou à une alcalinité ou un pH nom conforme (Delbbek & Sprung 1994).

 

d- Maladie des Bandes Jaunes (Yellow Band Disease : YBD)

Il semble que cette maladie soit détectée sur de nombreux sites, à chaque fois dans une eau chargée en nutriments (eutrophique), où des cyanobactéries prolifèrent aussi. La maladie de la Bande Jaune a été détectée sur les Acropora du Golf Persique (Korrubel 1996), sur les récifs de Floride, Aruba, Curacao, Bonaire, Caymans, Panama et Caraïbes (Cervino 1997).

 

Les caractéristiques de la maladie sont les suivantes (Cervino 1997) :

- au milieu de tissu sain, le tissu devient jaune, puis disparaît pour laisser place au squelette, intact, qui parfois reste jaune

- des algues peuvent pousser au centre de l'infection.

- des cercles ou des bandes apparaissent au début, puis s'attaque à tout le corail. Ni champignon ni mucus n'est visible. Le même corail peut être à la fois attaqué par la YBD et par une autre maladie (RWD).

 

Il semble que cette maladie se propage plus rapidement l'été (19.7 mm +/- 4.9 mm par semaine) que l'hiver (9.4 mm +/- 3.9 mm par semaine). Ici aussi, la température pourrait donc jouer un rôle important (Korrubel 1996).

 

Les espèces qui ont été identifiées (Korrubel 1996) comme subissant cette maladie sont :

- Acropora clathrata

- Acropora pharaonis

- Acropora tenuis

- Acropora. valida

- Acropora florida

- Cyphastrea microthalma

- Porites lutea

- Porites lichen

- Porites nodifera

- Turbinaria reniformis

 

A certains endroits, 90% des Favidés (et particulièrement les Montastrea) sont touchés, alors que les autres coraux durs semblent intacts (Cervino 1997).

 

e- Maladie des Bandes Rouges (Red Band Disease : RBD)

Très peu d'information est disponible à ce sujet par rapport aux autres maladies. Il semble que cette maladie soit photosensible, se développant le jour pour décroître la nuit. La propagation se ferait très lentement, et par plaques.

 

f- Nécrose Rapide des Tissus (Rapid Tissue Necrosis : RTN)

La différence, pas toujours facile à percevoir, entre le blanchiment et le RTN consiste en une perte de tissu dans le RTN, alors que dans le blanchiment, le corail perd seulement (au début) toute couleur. Ici, la maladie se traduit pas la nécrose des tissus, à partir de la base du corail, jusqu'en haut. La vitesse de progression peut être extrêmement rapide : plusieurs centimètres par jour, et même des bouturages peuvent ne pas suffire à sauver la colonie.

 

Il semble que cette maladie puisse être imputée à une bactérie présente dans les cellules des coraux, qui ne devient active que lorsque le corail est affaibli : Vibrio vulnificus. Il détruirait le lien entre les cellules et entre le corail et son squelette (Bingman 1997). De part la nature bactérienne de la maladie, la contagion est possible et peut emporter tout l'aquarium en quelques jours (Delbeek & Sprung 1997)

 

Comment éviter le RTN en aquarium :

- ne surdosez pas le charbon actif (Thiel 1997, Delbeek & Sprung 1994),

- n'exposez pas le corail à des changements de lumière trop rapide

- n'exposez pas le corail à des changements de température trop rapide

- ne placez pas les coraux trop près les uns des autres (minimum 10 à 25 cm), car cela les stress (Siegel 1997).

- brassez fortement l'eau de l'aquarium : entre 15 et 20 fois par heure minimum : surveillez l'encrassement de vos pompes.

- n'achetez pas des spécimens qui montrent des traces de maladie.

- éliminer les animaux qui pourraient blesser les coraux et ainsi déclencher des attaques bactériennes.

 

g - Maladie de la Gelée Brune (Brown Jelly)

Cette maladie se caractérise par une bande de gelée brune qui peut avancer de plusieurs centimètres par jours, en laissant derrière elle le squelette immaculé des coraux durs. Les coraux mous sont aussi attaqués, et une colonie de Xenia peut disparaître en un ou deux jours (Delbeek & Sprung 1994).

 

Il semble qu'un certain nombre d'organismes s'associent pour détruire le corail : protozoaires (notamment Helicostoma nonatum), bactéries et vers.

 

Selon Delbeek & Sprung (1994), cette maladie s'attaque particulièrement à certains coraux :

- Acropora

- Anthelia

- Cladiella

- Euphyllia (E. encora & E. glabescens)

- Goniopora

- Nephtheidae

- Palythoa

- Xenia

- Zoanthus

 

2) Quelques remèdes en aquarium

Avant d'imputer un problème à l'une des maladies étudiées sur les récifs, et avant d'appliquer un remède, il convient d'identifier clairement les causes potentielles du problème. Dans certains cas, le décès d'un corail peut provenir directement des conditions de maintenance, ou indirectement parce que le corail est stressé et développe des maladies dont il est sinon le porteur sain :

- taux de calcium trop bas (inférieur à 400 mg/l) (Delbeek & Sprung 1994)

- température trop élevée (supérieure à 27 °C) ou variations trop rapide et importantes (Delbeek et Sprung 1994).

- manque d'écumage

- lumière trop violente ou émettant trop d'UV (Riddle 1997, Thiel 1997, Delbeek & Sprung 1994,...)

- manque de brassage, qui entraîne un étouffement des coraux. Attention, un fort brassage laminaire (courant dans une unique direction) n'est pas non plus optimal. La majorité des auteurs (Thiel 1997, Delbeek & Sprung 1994 - 1997, ...) insistent sur ce point pour éviter les maladies et leur propagation. Soyez d'autant plus attentif à ce point si votre bac a tendance à être chargé : le courant qui pouvait être considéré comme correct à un moment donné en fonction d'une population donnée sera considérablement réduit par une population plus nombreuse.

- paramètres chimiques non conformes (alcalinité trop basse, pH en dehors de l'intervalle requis (7.8 - 8.6), nitrates élevées (attention aux tests qui ne mesurent que les Nitrates - Azotes, 4.4 fois moins élevés que les nitrates totales !), phosphates détectables, silicates trop élevés, salinité trop basse, etc...) (Thiel 1997, Delbeek & Sprung 1994, Bingman 1997). Des études démontrent que les coraux peuvent mourir en la seule présence de phosphates (Wilkens 1990, Thiel 1997).

 

Des accidents peuvent aussi être la cause du décès des coraux. Un ventilateur tombé dans un aquarium a ainsi gravement endommagé ses habitants, tant par le poids de l'appareil (!) qu'en raison du courant électrique qui est passé dans l'aquarium. Des courants entre 12 et 65 volts sont très facilement mesurables dans nos aquariums, en provenance des appareils électriques multiples qui y baignent. En dehors des conséquences connues de ce courant sur les poissons (en raison de la sensibilité de leurs lignes latérales) (Davidson 1997), il se peut qu'il puisse y avoir une incidence sur les coraux.

 

D'autres phénomènes ont été identifiés qui entraînent le décès de certains coraux. Il en est ainsi des micro-chenilles qui ont décimé la majorité des Montipora distribués en Ile de France à un moment donné. Invisibles, elles dévorent le corail petit à petit. Surveillez la présence d'oeufs lorsque vous achetez un corail ! En dehors de la horde de prédateurs potentiels (crabes, Bernards l'ermites, vers divers, poissons, etc...), les mêmes animaux peuvent blesser involontairement vos coraux et déclencher des maladies : Bernards l'hermites, oursins, escargots, poissons,... (Thiel 1997, Delbeek & Sprung 1994)

 

N'oubliez pas non plus que les coraux luttent les uns contre les autres pour la suprématie, et qu'ils peuvent s'entre-tuer : certains Sarcophytons sont connus pour émettre des composés toxiques qui peuvent tuer les coraux situés dans le courant; le contact entre deux coraux se solde souvent par le décès au moins partiel de l'un des deux; même lorsque le contact n'est pas évident, gardez à l'esprit que certains coraux (Galaxea par exemple) sont capables de tendre des tentacules venimeuses jusqu'à 10 ou 15 cm d'eux et de tuer tout ce qui les entoure ! Les Aiptasias et leur contact urticant engendrent aussi souvent des pertes de coraux. De plus, une trop grande proximité des coraux peut entraîner un stress favorisant les maladies (Siegel 1997).

 

Solutions possibles :

Les maladies des coraux étant souvent l'oeuvre de bactéries qui vivent dans le corail et qui soudain prolifère en dehors, plusieurs solutions peuvent être envisagées :

- de grands changements d'eau (30% d'un coup) (Thiel 1997)

- bains d'eau douce. Les avis sont assez partagés : selon Riddle, si certains coraux (Sinularia, Sarcophyton, Catalaphyllia,...) peuvent être guéris par des bains dans de l'eau douce, sans trop en souffrir, ce n'est pas le cas des coraux durs à petits polypes tels les Acroporas, Porites, etc... qui peuvent être tués ou rendus malades par ce traitement. Delbeek et Sprung partagent la position inverse au sujet des coraux durs à petits polypes, et recommandent un bain d'une minute dans de l'eau douce à la même température que le bac principal, puis de couper toutes les parties mortes afin d'éviter une rechute. Quelle que soit la position que vous adoptiez, allez-y avec prudence.

- bouturer avant qu'il ne soit trop tard les coraux infectés et baigner les boutures dans une solution de Lugol (2/3 gouttes par litre pendant quelques minutes). Bouturer aussi vos coraux avant que la maladie ne se déclenche, et répandez vos boutures autour de vous, afin d'être assuré de ne pas perdre une souche en cas d'incident.

- siphonner ce qui se détache des coraux afin que cela n'infecte pas les autres colonies, envoyer le jet d'une pompe dessus afin de bien nettoyer, la brosser avec une brosse à dents, et éventuellement recouvrir la partie malade avec de la résine époxy, en recouvrant légèrement la chair encore vivante afin d'être sûr de couvrir toute la zone malade (RTN, Gelée Brune, maladie des bandes noires) (Delbeek & Sprung 1994, 1997)

- ozone : permet de réduire le nombre de bactéries présentes dans l'eau (à condition d'en mettre d'énormes quantités), mais pas d'éliminer les bactéries intracellulaires (Bingman 1997).

- lugol : peut permettre de réduire la quantité de bactéries de l'eau, mais pas dans le corail lui-même à moins de le tuer... (Bingman 1997). Des bains dans une solution de Lugol peuvent cependant permettre de sauver certains coraux (dans une cuve à part, immerger le corail dans de l'eau de mer avec 2 à 3 gouttes de Lugol par Litre, pendant 10 à 20 minutes). Dans le bac principal, 1 goutte par 120 litres, pendant plusieurs jours, peut alléger le problème. Attention, une overdose d'iode peut entraîner un blanchiment des coraux ! (Thiel 1997)

- UV : idem. Les UV réduiront les bactéries libres dans l'eau. Sans plus (Bingman 1997).

- antibiotiques : il s'agit de la seule solution réellement efficace. Certains utilisent de la Tétracycline, mais d'autres dénoncent son instabilité dans l'eau et le fait que les bactéries sont presque insensibles à ce produit... Des amateurs ont obtenus de bons résultats avec un produit ,nommé doxycyline hyclate en anglais (selon un amateur que je remercie, il s'agit de Vibraveineuse injectable et est utilisé chez l'homme à la posologie de 2 a 4mg .kg les ampoules sont de 100mg). Le Chloramphenicol semble le plus efficace (Wilkens - 1990; Delbeek et Sprung - 1994; Bingman - 1997), au moins pour combattre le RTN. Attention, c'est un produit mal supporté (voire mortel !) par un humain sur 40 000 : Eviter le contact en vous protégeant avec des gants et des lunettes. Le Chloramphenicol étant très peu soluble dans l'eau, il faut le dissoudre dans de l'alcool ou de l'éthanol pur préalablement. Il peut alors se dissoudre jusqu'à plus de 100 mg/ml. Ce produit n'est pas distribué librement : voir avec un vétérinaire.

 

Utilisation du Chloramphenicol dans un bac de quarantaine (Bingman 1997, Delbeek & Sprung 1997) :

a - Plongez le corail pendant 15 minutes dans une solution d'eau de mer et de Lugol (entre 5 et 15 gouttes de Lugol par litre d'eau). Si le corail réagit mal, réduisez la dose de Lugol ou la durée.

b - Déplacez le corail dans un bac de quarantaine (d'un volume de 20 litres par exemple), versez-y 20 mg/l de Chloramphenicol (dissout dans de l'alcool). Vous pouvez aller jusqu'à 50 mg/l. Si vous dépassez cette dose, les coraux peuvent survivre 2 ou 3 jours, mais ils ne seront pas très contents. Changez 100% de l'eau au bout de 24 H. Remettez à nouveau de l'antibiotique. Ne mettez pas de diffuseur d'air dans le bac de quarantaine, afin d'éviter de détruire le médicament. Une pompe de brassage suffit.

c - Au liquide du bac de quarantaine, ajoutez entre 5 et 10 gouttes de Lugol par litre pendant 15 minutes. Cela cicatrise le corail et tue tout ce qui ne l'a pas déjà été par l'antibiotique.

d - Ceci est important : après que le corail ait été enlevé du bac de quarantaine, versez-y de l'eau de Javel, afin de détruire l'antibiotique et toutes les bactéries encore vivantes. Vous devriez de même Javelliser l'eau du changement d'eau, en laissant l'eau de javel agir pendant quelques heures. Il est extrêmement irresponsable de jeter des antibiotiques dans la nature, car cela entraine l'augmentation de la résistance aux antibiotiques des bactéries vivant en milieu naturel.

 

Utilisation du Chloramphenicol pour traiter le bac principal :

Cette solution est la dernière utilisable lorsque l'on ne sait plus quoi faire et que l'on a essayé toutes les autres. Etant très délicate car nécessitant un gros écumeur (ETS !), un Redox mètre et un certain niveau de pratique, je préfère ne pas la proposer ici... La décomposition des bactéries entrainant une consommation de tout l'oxygène disponible, c'est tout l'aquarium qui peut être détruit par le traitement si vous ne faites pas exactement ce qu'il faut au bon moment avec le bon matériel. Attention, elle n'a rien à voir avec celle proposée ci-avant !! Reportez vous à l'article de Craig Bingman cité en référence.

 

Conclusion

On le voit, les maladies en captivité proviennent bien souvent des conditions de cette captivité, qu'il s'agisse de l'hygiène de l'aquarium ou de l'attention que vous portez à vos coraux (lumière, brassage, acclimatation, densité de population, autres habitants du bac,...).

 

Quoi qu'il en soit, une grande partie de la maintenance de votre aquarium récifal, surtout s'il est peuplé de coraux durs, consiste à l'observer souvent et avec attention. Si vous détectez assez rapidement un problème, vous aurez d'autant plus de chance de pouvoir intervenir avec succès et soit lutter efficacement contre le mal, quel qu'il soit, soit sauver ce qui peut encore l'être.

 

Bibliographie :

Si vous voulez en savoir encore (beaucoup) plus, consultez l'excellent site (en anglais) suivant, où vous trouverez beaucoup d'information scientifique sur la santé des récifs coralliens : http://www.coral.@coral.aoml.noaa.gov

 

La bibliothèque d'articles se trouve :

http://www.coral.@coral.aoml.noaa.gov/bib/subjects.html

 

* Delbeek & Sprung, The Reef Aquarium Vol 1 & 2

* Nilsen & Fossa The modern Coral Reef Aquarium,

* Conditions of Coral Reefs in Florida. Internet.

* Scientists look for ways to save Florida's coral, Pam RADTKE RUSSELL & Herald STAFF

* Phosphate and Receding of Lobophyllia, Albert THIEL, www.athiel.com

* Reef Tank Husbandry, Albert THIEL, www.athiel.com

* Corals and Bacterial Disease, Albert THIEL, www.athiel.com

* Coral Yellow Band Disease, James M. Cervino, www.athiel.com

* Bacterial Diseases of Corals : Perspectives and 'Cures', Dr. Craig Bingman

* Treatments for Invertebrate Pathogens, Dana RIDDLE, Aquarium.net

* A new coral disease from the southern arabian gulf, J. Korrubel, Internet

* Coral Disease Incidence and Cynaobacteria Blooms as Reef Health Indicators, Coral Reef Symposium, Janvier 1995.

* Toward Success with SPS Corals, Terry SIEGEL, www.aquariumfrontiers.com

* Stray voltage in the aquariumn, Bruce Davidson

* Will we find a Treatment for Coral Bleaching ?, Timothy A. Hovanec, www.aquariumfrontiers.com

* Antonius, A., 1981. Coral reef pathology : a review. Proc. 4th Int. Coral Reef Symp., Manila, Vol 2, 1-8

* Antonius, A., 1988. Black band disease behavior on Red Sea reef corals. Proc. 6th Int. Coral Reef Symp., Australia, Vol 3, 145-150

* Antonius, A., 1988. Distribution and dynamics of coral diseases in eastern Red Sea. Proc. 6th Int. Coral Reef Symp., Australia, Vol 2, 293-298

* DiSalvo, L. 1973. Microbial Ecology In : Biology and Geology of Coral Reefs.

* Kinne, O., 1980. Diseases of Marine Animals, I., General Aspects, Protozoa to Gastropoda. John Wilez and Sons, New York.

* Wilkens, P., 1990. Invertebrates - Stone and False Corals, Colonial Aneones. Engelbert Pfriem Verlag, Wuppertal, Germany.

* Santavy DL, Peters EC., Microbial Pests : Coral Diseases In The Western Atlantic 1996. Coral Reef Symp.

* Review on Coral Reef Bleaching, Martin Prêcheux, 1995, http://www.essi.fr/~sander/articles/Misc/Coral_Reef.html, 50 pages d'étude en termes très scientifiques. Très complet. Une version mise à jour devrait être proposée début 1998, selon l'auteur.

* Oxidative stress causes coral bleaching during exposures to elevate temperature, M.P. Lesser, Coral Reefs (1997, Vol 16, p 187-192)