Pêcher la grosse bonite sur une canne fine ?
Est-ce bien raisonnable face à des poissons si puissants ?

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Nous sommes le dimanche 09 novembre 2003. Ile de La Réunion. Depuis quelques jours, me voic inscrit à un concours de pêche sur le bateau "Bernières", skipper par mon ami Lionel, et accompagné par mes autres amis Lionel (un deuxième) et Roger. Un quatuor que j'aime beaucoup pour une folle partie de pêche au gros dans les eaux de l'Océan Indien ...

Cette journée commence très tôt dans la matinée.

* 4h du matin : j'ouvre un oeil, puis le 2e ... encore endormis sous les draps tous chauds...
* 4h45 : me voilà prêt. Je sors de la cité Internationale avec tout le matos de pêche, et mon appareil photo. Il fait encore nuit.
Comme d'habitude, je regarde un peu le ciel et l'environnement pour savoir si la journée a une chance d'être belle.

J'aperçois la lune.. normal........ mais un problème : elle devrait être pleine aujourd'hui ! Et elle n'a qu'un tout petit croissant qui se réduit. Bizarre bizarre..
Mon Dieu ! C'est une éclipse de lune ! Et en plus, elle devient totale à 5h du matin, alors que tout le monde dort encore profondément...
Ni une ni deux, je remonte avec tout mon matos... 3 étages plus hauts, je prends en plus le pied de l'appareil photos... et je redescends pour ensuite déployer le pied et fixer l'appareil sur le parvis pour tenter d'immortaliser cet événement exceptionnel ...
Mais, le soleil va bientôt arriver, la lune est bientôt à l'horizon et les bâtiments commencent à la masquer...

Alors, je pose tout dans la voiture juste à côté de la cité universitaire, et me voici courir avec l'appareil photos et le pied à 5h du matin jusqu'en haut sur le parking de la faculté des lettres en espérant trouver un point plus haut ...
Le ciel s'éclaircit doucement pour préparer l'apparition du soleil et l'éclipse s'efface peu à peu. Je réalise quelques photos.. et maintenant le stress de faire développer les photos... en espérant qu'elles soient réussies...

Mais, il ne faut pas que je traîne car on m'attend au Port pour le concours de pêche pour 5h30 !! Oups, vite !

* 6h : nous voici déjà sur les flots et nous commençons à mettre les leurres à l'eau : des bleus, des rouges, des blancs, des jaunes ... la Réunion s'éloigne, toute découverte, et le soleil pointe son nez entre deux nuages à l'horizon à l'Est. Le Sud commence à être gagné par quelques nuages, mais la mer est belle.
Quelques oiseaux de temps en temps, mais toujours pas de chasse apparente, pas de poissons qui sautent ..

Soudain, c'est un banc de 20-30 dauphins longs becs qui saute par petits groupes dans les vagues et qui viennent jouer avec la vague d'étrave du bateau.. humm, c'est somptueux... mais ils n'arrêtent pas de bouger et c'est très difficile d'en faire des photos... grrrr
Et puis, on les quitte....

Plus loin, très loin là bas au fond, on croit voir quelques oiseaux qui s'agitent à la surface, juste à l'horizon. Après quelques minutes de navigation, on les rejoint. C'est finalement un grand banc de peut-être 150-200 oiseaux qui chassent sur un banc de bonites... hummm, l'excitation est à son plus haut point.


Tout le monde à les yeux rivés sur les leurres qui surfent derrière le bateau et les yeux et les oreilles attentifs au moindre geste et bruit des cannes et des moulinets...
Et là, je me dis, ça y est, je vais peut-être enfin faire un joli poisson sur ma toute petite canne fine.... (une canne Rod... Specimen de 11.0" (environ 3.3 m) en carbone, 1 livre 3/4 de résistance, avec un moulinet Décatlon River 60 rempli de 35/100, 12-13 kg de résistance). Je l'attrape sur le bord du bateau et voilà que je laisse filer mon tout petit leurre loin derrière le bateau car ces bonites semblent plutôt craintives ce matin... Soudain, une des grosses cannes se plient et c'est le départ. Le moulinet crisse et le fil se dévide à toute allure. hummm, quel doux bruit que chaque pêcheur n'oublie jamais tellement cela procure une sensation de stress et de plaisir ! Humm, j'adore ça aussi ce fameux Grrrrrrrrrriiiiiiiii qui s'emballe sous la puissance de ces poissons.. 20 m.. 50m...100 m plus loin, ça y est, elle ralentit.. après 10 minutes de combat, la voici d'un joli bleu argenté qui se rapproche du bateau. On la monte, et on repart à la chasse aux oiseaux, à la bonite .. Humm, quelle excitation de pouvoir retoucher une autre belle bonite. Celle-ci faisait 3 kg pour 53 cm ! Belle bête déjà, mais il y a encore plus gros (cela peut aller pour cette espèce jusqu'à 20-25 kg ...).

Nous revoici dans les oiseaux, et mon petit leurre surfe toujours à la recherche d'une bonite pour essayer de la titiller, de l'inciter à mordre....
Ca y est, un "toc" vient de se faire sentir dans mon fil fin. La canne se plie de plus en plus... et voici que le moulinet dévide à vive allure le fil... Attention, je n'ai à peine que 275 m de fil sur mon petit moulinet, ma canne est toute fine.... Nous voici partis dans une lutte où le poisson a toutes ses chances de gagner.. A moi maintenant d'essayer de gagner sur son terrain, d'être plus fûté, de connaître son comportement, d'anticiper les coups en douce qu'elle essayera à maintes reprises pour se décrocher ou casser la ligne, passer sous l'hélice du bateau ou je ne sais quoi encore...

Le moulinet se dévide rapidement et son crissement me ravit, mais m'apeure en me disant que ca serait quand même bien que la bonite s'arrête à présent avant la fin du moulinet.... Je la bride un peu en essayant de durcir le frein de manière à la gêner le plus possible, la pousser à forcer pour s'épuiser.. mais sur un petit fil et encore plus avec une canne souple et fine, ce n'est pas évident du tout ...

Ca y est, elle s'arrête enfin, et je commence à pomper (c'est le terme) pour remonter mètre après mètre ce poisson que je n'ai pas encore vu. La canne est arqueboutée, très pliée et jamais je ne l'avais encore vue comme cela... Résistera-t-elle le temps du combat ? Attention à bien tout gérer...
Voici la bonite ...humm .. un peu plus grosse, d'un joli bleu métallique encore bien profonde... donc, attention, elle n'est certainement pas encore fatiguée, bien au contraire... A peine le temps d'y penser que la voici qui redémarre dès qu'elle aperçoit le bateau (toujours un moment critique où le poisson prend peur..).
Allé, le fil repart et le moulinet crisse à nouveau... la canne pliée et moi, là, canne en main qui essaye de la brider pour limiter son avancée... C'est une jolie bête celle-là, et si je la remonte, ce sera mon plus gros poisson avec cette petite canne !
Ca y est, elle s'arrête à nouveau, et je recommence à pomper une fois, 2 fois, 10 fois, 20 fois... mètre après mètre ... La canne tient bon, le fil aussi et le moulinet semble tenir aussi le choc, Ouf ! c'est déjà ça.
La revoici qui arrive... et qui repart encore une fois... et puis une autre.. mais chaque fois un peu moins loin.... elle se fatigue, mais elle a toujours le dessus ... Et le fil fatigue... mais il tient bon... mais le poisson est-il bien pris ? A-t-il bien attrapé le petit leurre juste en bordure de mâchoire ? ou bien l'a-t-il avalé plus profondément et du coup de ses petites dents serait-il en train de mâchouiller le fil au dessus du leurre pendant le combat ....Oups, le doute s'installe en même temps que le combat dure...
Déjà 12-13 minutes que le combat fait rage et que la canne se plie en deux, jusqu'à ce que le scion vienne parfois plonger le nez dans l'eau tellement la puissance du poisson et la tension du combat sont énormes !! Il faut que je fasse aussi attention à la canne, elle est fine et fragile et j'ai vraiment envie de gagner ce combat, digne d'un combat que j'avais pu mener un jour contre une carpe de 14,5 kg (mon record à l'heure actuelle en eau douce)...
Ici, c'est une bonite qui doit faire 4-5kg environ... et c'est un combat dantesque... Ces poissons sont vraiment très bagareurs.

Et oui, il faut que vous sachiez : tous les poissons de la famille des thons (bonites et thons) sont certainement les poissons les plus combatifs, encore plus à poids égal que les espadons voiliers ou bien même que les grands marlins... En début d'année, alors que j'étais commissaire de pêche à bord d'un bateau, on a combattu pendant près de 3 h pour arriver à bout d'un gros thon jaune de 47,5 kg sur un fil de...23 kg de résistance seulement ... C'était impressionnant et c'est toujours avec hâte que l'on a envie de revivre de telles scènes...

Bon, revenons à ce combat qui s'éternise.. le bras commence à se raidir, et les muscles à se crisper un peu par cette tension et la force du poisson. Il faut aussi se décontracter pour éviter de choper des crampes... sinon c'est cuit et le poisson gagnera à la moindre erreur de réaction...
Voici cette belle bonite qui arrive proche du bateau un peu à tribord... puis elle se présente bien par l'arrière...
Quand tout à coup, le fil casse, juste au dessus du leurre ... grrr, elle avait du le mâcher avec ses dents, et trop petit, il avait finalement cédé sous l'usure par les petites dents acérées... et la voici qui s'enfonce dans les profondeurs, retrouvant la liberté....
Tu l'as bien méritée lui dis-je .. Allé, vas rejoindre les tiens.. un peu triste quand même...après 1/4 d'heure de combat.
C'est le jeu et l'enjeu aussi. Et c'est aussi ça la pêche. Il faut savoir accepter la défaite et prendre note des erreurs ou bien de tous les détails qui pourront nous servir pour la fois prochaine...

Je reprends un leurre que j'attache à mon fil, et revoici ce petit octopus en plastique rose violet qui surfe 50-60 m derrière le bateau alors que nous rejoignions enfin à nouveau ce banc d'oiseaux ... Après plusieurs passages sans rien ....vraiment difficiles à les attraper aujourd'hui... Ca y est, une nouvelle touche sur ma petite canne que je tenais fermement en main.
C'est reparti : la canne se plie sous la puissance et le fil se dévide à toute allure, sortant du moulinet qui crisse sous la vitesse et la forte tension du fil qui fait tourner la bobine dans une course folle.
Comme tout à l'heure, la bonite s'arrête plus loin là-bas au fond, et je me remets à pomper... 20 fois, 30 fois.. elle revient, puis repars, puis revient, à droite, à gauche.. elle tente de passer sous le bateau pour couper le fil avec l'hélice... on accélère pour la garder derrière... elle tente de doubler cette fois le bateau.. on accélère encore un coup....elle repart de plus belle puis revient... le leurre bien plus haut que le poisson, certainement éjecté plus haut sur le fil par la violence des coups de tête ...
Attention à l'usure du fil cette fois-ci.. Je garde bien le contact.... et je reprends du fil... elle arrive enfin et commence à montrer son flanc, signe qu'elle est cette fois bien fatiguée et prête à se rendre pour pouvoir la hisser dans le bateau ... la canne est courbée en 2, se plie encore... et la voici qui repart sous le bateau... le scion de la canne plonge dans l'eau, et la puissance de ce nouveau départ est telle que je suis obligé de plonger presque toute la canne dans l'eau de façon à accompagner son départ en mettant la canne dans l'axe du fil, de façon à ne pas rompre la fine canne. Le fil tient bon, le moulinet aussi, et la canne encore mais, attention à ne pas la brusquer...
Allé, je recommence à lui reprendre du fil...encore et encore...pour la nième fois... elle revient et son flanc bleuté réapparaît là, à babord par l'arrière, puis repasse à tribord, puis dans l'axe du bateau.. Ca y est, c'est peut-être la bonne, elle semble un peu plus fatiguée...
Je l'amène doucement au bateau... 2 coups de tête encore et elle reprend un mètre de fil, mais la souplesse de la canne travaille le poisson et le maintient à distance...elle arrive.. on attrape le bas de la ligne et on la monte dans le bateau d'un coup de gaffe..
Ouf !!! Ca y est, j'ai réussi ! J'ai gagné ce combat après près de 15 minutes encore d'émotions fortes.

La bonite est là, toute belle, toute brillante. Elle ne bouge plus, certainement parce qu'elle a tout donné dans le combat et qu'elle est exténuée, vidée de toute énergie. Bien piquée cette fois sur le bord des lèvres, elle ne pouvait pas grignoter le fil, ce qui a cette fois était en ma faveur, c'est sûr. Mais quel beau combat.. hummm.
Elle accusera 55 cm de long, fuselée comme un obus, pour 4 kg de muscles !

Ouaouh !!! quelle belle prise avec un si petit matériel pour attraper de si gros poissons musclés !! Super !! Maintenant, je vais essayer jusqu'à attraper mon prochain défi : une dorade coryphène : des vrais poissons de sports aussi, encore plus rapides, moins musclés mais parfois plus puissants à la robe jaune bleu argenté, doré avec du vert brillant.. une couleur superbe...

A suivre....

Nous retournons ensuite dans le banc d'oiseaux.. et nous arriverons à attraper encore 4 autres bonites du même calibre 3-4 kg pour 53-55 cm... de mon côté, je toucherai une autre bonite qui se décrochera presque tout de suite..

Mais, pour ce concours, nous sommes partis pour essayer d'attraper du gros, du très gros poisson... alors, nous lâchons ces bonites pour mettre le cap sur une autre destination.. Il est 11h30.
Et si on se manger un bout... humm, ces émotions, ça donne vraiment faim..
J'attrape mon sac à dos dont je sors quatre bons sandwichs préparés à la façon Mika : petits pains au lait, avec des feuilles de salade, quelques tranches de tomates et du jambon, du pâté ou bien du fromage .. hummm, j'adore... Au milieu de l'eau, un pique nique sur le bateau... à la pêche.... quelque part au large à près de 15 milles nautiques de La Réunion... les leurres qui traînent derrière le bateau... en espérant attirer le gros marlin pour qu'il montre son grand nez... hummm

Plus loin, nous rencontrerons à nouveau quelques oiseaux éparpillés, mais rien de sérieux... La mer commence à lever en se rapprochant des côtes..
Il se fait tard, et l'heure de la fin du concours (16h) se fait sentir. Le soleil a bien chauffé et c'est la peau bronzée et salée que nous relevons enfin les cannes, et passons les balises pour rejoindre nos amis pour la pesée des poissons et la remise des prix...

Au final, sur 4 bateaux, nous terminerons 1er avec 18.5 kilos de poissons (6 bonites calou, appelées aussi bonites rayées). Comme c'est un concours amical, on aura quand même un tee shirt pour nous remercier d'avoir participé.. Humm, quelle superbe journée.


Et en plus, maintenant, on repart chacun avec une bonite pour avoir le plaisir de déguster du poisson frais...
Que les gourmands de poissons se régalent à présent : cru, ou cuit, au four, à la poêle, en carpaccio, à la tahitienne, au vinaigre, à la moutarde, à l'anis vert, à la tomate, à l'huile d'olive, avec du citron... avec des pommes de terre, des chouchous... Bon appétit...

Bref, que de plaisirs encore à découvrir en soirée après les plaisirs de cette journée.
Bonne soirée et bon appétit. Prêts pour une nouvelle partie de pêche à la bonite ?

 

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