Un combat historique de plus de 37h avec un marlin géant.
Qui sera le vainqueur ?

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Cela ressemble à du Ernest Hemingway, à ce roman du " Vieil homme et la mer ". Mais cette histoire-là est vraie et elle se passe à La Réunion.
Tandis que j'étais commissaire de pêche à bord d'un bateau de pêche au gros ce dimanche 27 Avril 2003, je vais vous raconté l'incroyable histoire de pêche au gros qui arriva à un autre bateau de la compétition. C'est haletant que nous avons pu la suivre en direct de La Réunion ! Accrochez-vous, c'est parti.

Il n'est pas encore six heures du matin. Aujourd'hui commence le dernier concours de pêche au gros de la saison à La Réunion, comptant pour la compétition Interclub 2002-2003 dans la catégorie de l'APPG (Association des Plaisanciers de la Pointe des Galets). Aux aurores, André (Dédé pour les intimes) embarque sur Calou Pilé avec deux de ses amis (le skipper et mon ami Pascal comme commissaire de pêche). Ensemble, ils quittent le port de Saint Gilles-les-Bains où ce bateau est amarré. A la même heure, d'autres bateaux partent de la Pointe des Galets au Port, mais aussi du petit port de Sainte Marie, plus au Nord de l'île. De ce dernier port, trois bateaux décident de participer à ce concours : Bernières (un Ombrine 700, skippé par mon ami Lionel), Les Galbas 2 (skippé par un autre ami Hubert) et Joly Jumper (un vieux bateau de vingt cinq ans où Guy le skipper m'a accepté à bord de son bateau comme commissaire). A peine passées les balises de sortie du port, la mer est mauvaise sur le Nord et le NO de l'île. La pluie vient s'abattre par paquets sur nos embarcations. Et bien, la journée commence plutôt mal. Les vagues, blanchies par la grosse houle et le vent important, nous chahutent dans tous les sens, mais l'envie d'attraper une belle bête nous stimulent. A bord de Joly Jumper, nous décidons d'essayer de faire quelques vifs juste devant Sainte Marie par 20-25 m de fond à la mitraillette. On ne sait jamais, si on trouve une belle épave bien vieille, les vifs pourraient nous servir à attraper quelques belles bêtes. Malgré quelques premiers coups infructueux (probablement dus aux trop fortes précipitations qui s'abattent sur notre île depuis quelques jours, rendant les hautes verdâtres et troubles), nous arrivons tant bien que mal à faire une quinzaine de bancloches et quelques pêche-cavales.
Nous partons à présent en direction du DCP (Dispositif de Concentration de Poissons) de Sainte Marie. La pluie battante et la mer bien formée nous malmènent, mais petit à petit nous avançons tant bien que mal. Les leurres de traîne rapide nagent bien, mais rien ne semble vouloir mordre dans ces conditions un peu exceptionnelles. Ma fois, la journée ne fait que commençait. Alors que nous nous rapprochons du DCP, nous croisons Bernières et son équipage en cirés jaunes qui luttent contre la pluie et les éléments. Tout comme eux, nous n'arriveront pas à trouver le DCP, probablement sous les eaux par la forte houle et le courant.

Il est 6h55. Alors que nous décidons de descendre plus à l'Ouest, le PC concours de Sainte Marie nous informe que Les Galbas 2 vient d'avoir un départ de marlin (aucun oiseau, aucun poisson sauteur, bref, dans le vide encore une fois). De son côté, la mer est assez belle et de gros nuages amènent une pluie fine. Après 45 minutes de combat sur 80 lbs, Hubert et son jeune fils Régis remontent le marlin bleu. Il accusera 82.5 kg à la balance. Les voici momentanément en tête de la compétition.

Plus au Sud, après quelques moments passés au large du littoral saint gillois, l'équipage de Calou Pilé décide de tenter sa chance ailleurs et de faire cap vers le Sud. Sur une ligne de 130 livres de résistance, André a monté un leurre artificiel de type Highland Express de couleur rouge. Il attend et, comme d'habitude, scrute le ciel pour tenter de déterminer où se trouvent les poissons en observant les oiseaux qui pêchent. Pascal me raconte " la mer était calme, pas de vent, un petit courant et on prenait la direction du DCP de Saint Leu et nous étions en face de la grande ravine (Trois-Bassins) à 4 miles nautiques ". Il est 11h35 du matin, quand soudain, le leurre subit une violante attaque. La canne arc-boutée sous la violence du rush, le gros moulinet (un Pen Senator 14/0) dévide son fil à vive allure. Dédé attrape la canne et s'installe sur le siège de combat. Rapidement, l'équipage comprend que l'animal (probablement un gros marlin) qui vient de mordre pourrait être une belle prise. Mais, ils ne se doutent pas encore, qu'avant même d'être ramené à terre et pesé, ce poisson va les emmener dans une aventure extraordinaire. Pascal me raconte encore " la touche s'est faite dans le vide total. Les pailles en queue nous ont rejoint bien après et sont resté très longtemps avec nous ".

La lutte débute comme toutes les autres. Le marlin plonge et Dédé le laisse filer, tout en gardant une bonne tension sur le fil pour bien garder le contact. Dès qu'il peut, Dédé pompe le fil et tente de ramener l'animal vers lui afin de le fatiguer. Mais, plus les heures passent, plus il paraît évident que ce poisson n'est pas comme les autres. Il lutte férocement centimètre de ligne par centimètre et ne lâche rien. Dédé commence à se douter qu'il vient de s'embarquer dans un combat au long cours.
En effet, le règlement de la compétition à laquelle il participe stipule clairement que personne n'a le droit de le relayer. C'est à sa ligne que le prédateur a mordu, c'est donc lui et lui seul qui doit le prendre. En tant que commissaire, Pascal explique " Nous ne pouvons pas intervenir. Nous sommes là pour le soutenir moralement et pour lui apporter à manger et à boire si besoin est. C'est tout. Tout doit se jouer entre lui et le poisson ".

Il est 14h56. Bien plus au Nord, la mer est très agitée, et ciel est nuageux mais sans pluie. Le PC concours nous informe que Bernières vient d'attraper un joli thon jaune qui accusera plus tard quand même 40 kg. De notre côté, rien a signaler si ce n'est que la pluie semble réduire d'intensité, jusqu'à s'arrêter un peu plus au Sud.

Mais qu'en est-il du combat de Calou Pilé ? Quelques heures sont passées, mais la lutte dure toujours. La journée défile et l'exercice devient de plus en plus délicat car les trois hommes ont toutes les peines du monde à savoir dans quelle direction se déplace le marlin. Or, ils doivent se montrer particulièrement vigilants pour adapter la position du bateau au mouvement du poisson.

Après quelques heures seulement de combat, Dédé le pêcheur pense qu'il va l'emporter assez facilement car l'animal a pu être ramené à une quinzaine de mètres seulement du bateau. " Mais, dès qu'il entendait le bruit de l'hélice, il fallait et reprenait entre 40 et 50 mètres. Et tout était à refaire. Et cette fuite se reproduira maintes fois pendant ce combat " raconte Dédé.

La fin du concours pointe son nez. Il est bientôt 16h et les lignes doivent être relevées, pour ensuite pouvoir rentrer au port avant 16h30 sous peine d'avoir des pénalités. Nous rentrons bredouille et bien mouillés, mais c'est aussi ça la pêche. Enfin, si on avait su, on serait resté au fond du lit ce matin. Mais un problème se pose : tout poisson dont le départ commence avant l'heure du relevé des lignes est comptabilisé dans le concours. Peu importe le temps nécessaire pour le ramener. Ce qui signifie que tant que Calou Pilé n'aura pas fini ce combat, nous ne pourront pas savoir qui a gagné ce concours. C'est le stress chez les uns, et l'angoisse chez les autres, d'autant plus que le marlin de Calou Pilé semble grossir à vue d'œil.

Il est à présent 22h, la nuit est déjà tombée depuis quatre heures. Dédé et l'équipage de Calou Pilé sont toujours en combat depuis près de 11h30 !! Le marlin est toujours aussi furieux, les hommes tiennent bon, et tentent de gérer leur forme physique et morale. Le bateau avance au ralentit pour maintenir la tension du fil, mais il faut surveiller le niveau de carburant qui lui descend peu à peu. Un membre de l'équipage raconte " Quand il fait noir, c'est très dur. En plus, il a beaucoup plu et on n'y voyait strictement rien, même avec nos lumières. Cela avait quelque chose d'effrayant ".

Au matin, la situation ressemble à celle de la veille. Le marlin n'a rien cédé. Parfois ramené à 50m puis 10m du bateau, il repartait de plus belle comme si rien était. Pour Dédé, la fatigue se fait de plus en plus pesante, mais il sait que cette prise sera comptabilisée s'il arrive à la remonter. En ce matin du lundi 28 Avril 2003, l'équipage du Calou Pilé sont toujours en combat et le marlin a pu être approché à 50 m environ du bateau hier soir, 10 m dans la nuit puis a repris de la distance dans la journée. Mais l'histoire continue encore....

A midi, le bateau se situait en face de Boucan Canot (au Nord de Saint Gilles-les-Bains). Après plus d'une journée de combat, Dédé, Pascal et le skipper s'étonnent de n'avoir pas encore eu l'occasion de voir sauter l'animal qui, jusqu'à présent, a choisi de lutter en plongeant dans les profondeurs.
Aux environs de 17 heures, enfin, le marlin fait son premier saut : " c'est un rush incroyable, car ce n'est pas un rush classique de défense, mais vraiment un rush d'attaque. D'ailleurs, il a ensuite foncé vers le bateau. Il a fallu faire très attention, et utiliser la puissance du bateau pour maintenir la ligne tendue et le contact avec le marlin qui tentait de nous rattraper. Ce poisson est réellement d'une agressivité exceptionnelle ".

Quel marlin énorme ! " C'est un beau bestiau. Il doit bien faire 300 kilos " raconte l'équipage. Mon ami Pascal me confiera par la suite " la base de la queue était d'une bonne circonférence ". Les estimations de sa taille au regard de ce qu'ils ont pu voir lorsqu'ils ont amené le poisson au bateau avec le bas de ligne s'est un marlin qui ferait 4 mètres de long environ !!! ... ce qui correspondrait (d'après mes courbes de croissance de tous les marlins attrapés à La Réunion à La Réunion) à des poids très variables entre 450 et 600 kg environ ! Enfin, faisons attention aux estimations trop rapides.

Pendant toutes ces heures, le poisson fait preuve d'une agressivité qui surprend ces pêcheurs qui n'en sont pourtant pas à leur première sortie en mer. Un fabuleux souvenir. Pendant un jour et demi, ce manège se répète inlassablement. Le marlin tire le bateau vers la baie de Saint Paul ; Dédé le ramène ensuite au large de Saint Gilles-les-Bains. Plusieurs va-et-vient se succèdent ainsi le long des côtes réunionnaises.

Au fur et à mesure que la soirée avance et qu'une deuxième nuit de lutte se profile, Dédé et son équipe partagent un sentiment de plus en plus fort de vivre un " combat titanesque qui constitue à coup sûr un record à La Réunion et peut-être au delà ".

En effet, les anciens se rappellent :
· Lors d'un concours, un combat avait duré 10 heures. En fait, le marlin était correctement attrapé, mais le fil était passé sous la nageoire pectorale, ce qui transformait le combat normal en un combat avec un marlin de côté, ne faisant pas trop mal au poisson. Le marlin faisait quelques 200 kg environ je crois me rappeler
· Une autre fois, hors concours, un bateau de Sainte Marie a tenu un marlin pendant 35 heures en se relayant à 3 pêcheurs. Après l'avoir amené plusieurs fois au bateau, les mémoires disent que le marlin faisait environ 3m d'envergure au niveau des nageoires pectorales, ce qui est énorme. Epuisés, ils mirent la canne dans le porte-canne, ont serré le frein et ont commencé à avancer jusqu'à ce que la ligne casse !

A cette heure, le combat le plus long vient d'être battu ! Mais quel sera le poids réel du marlin s'ils arrivent à le sortir ? Peut-être est-il encore plus gros ?

Dans la soirée, un médecin monte à bord pour vérifier l'état de santé des pêcheurs. Tout va bien, mais la fatigue est là. Un bon massage à Dédé lui fera le plus grand bien pour lui éviter les contractures. Le skipper du bateau n'en pouvant plus, cède sa place à un collègue. A 21h, le marlin était toujours dans l'eau et le combat continuait, à environ 1 km du bord de la ville du Port dans des eaux de 60m de profondeur. Un bateau est venu ravitailler l'équipage en essence et en nourriture, le pêcheur se fait parfois masser. Une fois, ils ont réussi à attraper le bas de ligne pour tenter de gaffer le marlin, mais il est à nouveau reparti, furieux, en faisant des sauts comme s'il venait juste d'engager le combat. Cela fait plus de 34 heures que ça dure et quelques 30 km linéaire de côtes ont déjà été parcourus depuis le départ hier matin.

La nuit vient de tomber sur La Réunion depuis déjà quasiment trois heures, et le combat n'est pas terminé. Il est 22h, plus de 35 heures après l'attaque, et Dédé et le marlin luttait toujours… Bref, c'est une histoire incroyable du vieil homme et la mer, version 2003, mais cette histoire n'est toujours pas finie ...

Et puis, c'est un véritable challenge qui s'annonce :
S'ils sortent le marlin, l'équipage gagne le concours, mais aussi en principe le plus gros marlin du concours, le plus gros peut être de l'année à La Réunion, et peut-être le plus gros record à La Réunion ... Et pourquoi pas imaginer que ça puisse être un nouveau record mondial ... Mais, on n'en est pas encore là puisque, je le rappelle, le marlin est toujours dans l'eau, dans son élément et qu'il a encore l'air d'être en forme, à moins qu'il ne donne ses dernières forces.

Alors, alors, que va-t-il se passer ? Vont-ils réussir à sortir ce marlin ? Si oui, dans combien de temps ? Et quel poids fera-t-il ?

Le combat continue et la 2e nuit est de plus en plus dure à accuser. Les muscles se durcissent et la fatigue s'accumule. On se demande même comme Dédé arrive encore à tenir le coup. Quelle force de l'âge ! C'est la rage de réussir ce combat qui le tient et lui donne tout le courage pour affronter ce sacré marlin.

La nuit avance. Il est à présent bien tôt une heure du matin. Le marlin fait un 2e rush toujours aussi puissant. C'est impressionnant. En quelques dizaines de secondes, " il a repris les 2/3 du 14/0 " me raconte Lionel. Le marlin arrivait au bateau quand soudain, à 00h52, la ligne cède. Lionel rajoute " Dédé reprenait le fil, mais ça a cassé à 40 mètres du bas de ligne dans la zone ou il a travaillé la plupart du temps (d'après des pêcheurs qui l'ont vu, ils l'estiment à 280 kg, le bas de ligne dans la dorsale ". Le fil est mou, libérant le marlin. On n'ose encore y croire. Tout le monde retient son souffle. Ce n'est pas possible que ça se finisse comme cela. Dédé continue à rembobiner le fil, mais, il faut se rendre à l'évidence. La fil vient de se rompre dans la zone où le combat s'est le plus souvent réalisé, vers 40 à 50m du bateau, à force de subir les contraintes mécaniques. Ca y est ! Le marlin a gagné !!

Pascal me racontera ensuite : " quand il a fait son 2e rush, on a vu qu'il avait le bas de ligne pris dans la dorsale, mais te dire quand il l'a eu ??? Peut-être lors de son premier rush, mais en tout cas, c'était grandiose et la difficulté de le ramener devait être pour cette raison ".

Et oui, vous avez bien compris, encore une fois, le marlin a été plus fort, et aura ému et fait rager de nombreux pêcheurs au gros. Un combat superbe et titanesque, que dis-je, incroyable de 37h 17min qui s'est terminé par la victoire du marlin en face de St Gilles. Ni vu ni connu, dans la pénombre de la nuit, il est reparti, libre de cette victoire qui lui rend tout son honneur. Quel beau combat ! Bravo à l'équipage et au pêcheur qui ont tenu tout ce temps, mais n'oublions pas que le plus beau dans l'histoire c'est ce formidable poisson, le marlin, qui peut atteindre des tailles gigantesques, et qui nous videra encore bien des moulinets avant de se rendre. Un beau combat pour une belle fin. C'est aussi ça la pêche.

A présent, l'équipage est parti se coucher et le marlin récupère. Ils l'ont tous bien mérité. Bravo encore pour cette partie de pêche un peu hors norme où le poisson a encore vaincu l'homme. Je pense que mes amis les pêcheurs comprendront tout ce que j'ai voulu dire dans ces mots.

Mon ami Pascal me disait le lendemain soir " nos têtes sont encore pleines d'images et d'émotions, sa vibre toujours pour moi. Je pense que les moments que nous avons vécu et fait vivre à tout le monde seront gravé à tout jamais ".

Mais dans quel état mental sont à présent nos pêcheurs ? Pascal me disait quelques jours plus tard " pour Dédé, le mercredi, il était sur l'eau mais cette fois-ci en tant que passager sur un bateau de plongeur et moi je sors demain sur Archimède. La pêche quand tu nous tiens !!! ".

Comme vous le voyez, la pêche est vraiment une passion. Et même si le poisson a gagné, ce n'est pas grave. C'est le jeu, et c'est pour cela que l'on aime ça. Et bien, à présent, je vous laisse encore revivre cette splendide histoire qui nous aura fait vibrer pendant plus de deux jours. Ce soir, le 17 Mai 2003, nous clôturons la saison de pêche au gros par une remise des prix et, il y a fort à parier que nous reparlerons encore longuement de ce moment magique.

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